Les trois Vierges Mères de l’église de Rouilly-Sacey
(fin 12, premier tiers du 14e, fin du 16e siècles)

Non, vous n'êtes pas dans la salle d'attente d'une consultation post-natale ! mais nous sommes bien trois jeunes mamans avec leur petit enfant d'un an à un an et demi environ, vous savez à l'âge où s'éveille son caractère, et où commencent les soucis et il faut dire que celui-là il en causera à sa maman ! car nous sommes trois représentations de la Vierge Marie avec Jésus et nous témoignons de quatre siècles de piété mariale dans ce petit coin de Champagne.

Moi la plus ancienne, j'ai été sculptée à la fin du 12e siècle, au temps du comte Henri 1er le Libéral ou Henri II. Je témoigne, presque seule dans cette région, du grand art de sculpteurs venus d'Ile-de-France et des plus importants centres politiques et artistiques de l'Europe, comme, du reste, les marchands qui fréquentaient les foires de Champagne.

Je suis assise, comme beaucoup de vierges romanes, les drapés de mon manteau et de ma robe sont parfaitement maîtrisés. Je ne tiens pas un enfant sur les bras, mais je montre le Christ ressuscité. Posé sur mon bras, mon Jésus assis, juge déjà le monde qu'il porte dans sa main sous la forme d'un globe terrestre. Effacée, je donne l'impression de fermer les yeux et mon visage plein, grave et mélancolique vous sourit cependant en vous invitant au recueillement.

Moi, dit la grande Vierge de pierre debout et majestueuse, un siècles et demi, au moins me séparent de ma consœur en bois ! Je témoigne de la piété fervente des dernières décennies heureuses de l'Europe médiévale, avant la grande peste au milieu du 14e siècle, l'éclatement de la guerre de cent ans et le grand schisme qui va diviser les chrétiens d'Europe. Je respire un naturel puissant éloigné du maniérisme de la cour des derniers capétiens directs qui venaient de récupérer pour la couronne de France l'apanage de Champagne. Mon aisance, l'élégance de mon vêtement dont les plis descendent sobrement viennent du ciseau d'un grand maître qui a perfectionné son art dans les provinces voisines : la Bourgogne, la Lorraine, et peut-être plus loin encore. De somptueuses couleurs que l'on devinent, enrichissent mes vêtements. Comme pour mon aînée, le sculpteur a donné à mon visage l'expression d'un bonheur grave : je voudrais bien sourire de voir mon petit bonhomme jouer avec le joli bouquet de fleurs mêlées et pleines de symboles, qu'on vient de m'offrir… mais ce Jésus aux mains et aux pieds si délicats ne risque-t-il pas de se piquer aux épines des roses qui y figurent … ces mains et ces pieds qui… non je préfère goûter avec vous encore un moment le bonheur d'être pleinement mère.

Plus de deux siècles et demi plus tard, moi aussi, dit le belle vierge en bois polychrome, je témoigne aussi du bonheur d'être mère. Il est beau mon Jésus potelé comme un bébé italien et espiègle. Je témoigne aussi de l'espoir de la Champagne de retrouver des jours heureux après ces maudites guerres civiles et religieuses : le sculpteur ne m'a pas choisie parmi de grandes dames, mais parmi les jeunes filles de ce terroir. Il m'a choisi jeune, très jeune, coquette, très coquette. Avez-vous remarqué les fins tissus de ma robe et de mon manteau si harmonieusement plissés ? la délicatesse de ma ceinture en ruban agrémentée d'une jolie chaîne et d'un bijou, la délicatesse de ma chevelure… et le modelé de mon corsage ? Je voudrais goûter longtemps de cette joie sans mélange… et cependant pourquoi Jésus regarde-t-il si fixement ce petit vase que je tiens dans ma main droite… c'est un vase de parfum, un onguent pour parfumer son corps potelé. D'autres moments viendront où d'autres enduiront ce même corps descendu d'une croix… Voilà pourquoi, comme mes consœurs réunies là au hasard de l'histoire de ce petit village, un voile de tristesse passe dans mon regard.

M. H. 17-10-1908
M. H. 15-09-1894
M. H. 24-01-1964



Three Statues of the Virgin and Child Church Rouilly-Sacey
(End C12th, first third of the C14th, end of the C16th)

No, you are not in the waiting room of a postnatal clinic! But we are truly three young mums with their small children aged about one to one and a half years, you know that’s the age where their character begins to develop, and where the worries start and I must say that these three will create many for their mums! Because we are three representations of the Virgin Mary with the infant Jesus and we are the witnesses to four centuries of Marian devotion in this small corner of the Champagne region


Me, I’m the oldest; I was sculpted at the end of the C12th, during the reigns of either Count Henri the Liberal or Henri II. I am almost the only witness in this region, to the important art of sculptors who came from the most important political and artistic centres; the merchants, who frequented the fairs of Champagne, also came from all over Europe. I am seated, like many Romanesque virgins, the draping of my cloak and my dress are perfectly handled. I am not holding the child in my arms, but I am showing the resurrected Christ. Posed on my arm, my Jesus sits, already judging the world that he carries in the shape of globe in his hand. Unobtrusive, I close my eyes and my full face, although serious and melancholic, is smiling and invites you to contemplate.


Me said the tall stone virgin, upright and majestic, more than a century and half, separates me from my wooden sister! I am a witness to the less deep piety of the last peaceful decades of medieval Europe, before the plagues, the outbreak of the Hundred Years War and the big schism that was going to divide the Christians in Europe. I emanate a powerful naturalism far from the mannerism of the court of the last direct Capetiens that had just recovered for the crown of France the rights to the Champagne region. My ease, the elegance of my clothes whose folds descend soberly comes from the chisel of an important European master formed in the south of Europe, maybe in Italy, or Spain (The last counts of Champagne were they not also kings of Navarre?) or Provence, but I was also sumptuously enriched with lively colours that can still be distinguished. Like my elder sister, the sculptor has given my face an expression of solemn happiness: I would like to smile as I can see my little one playing with the pretty bouquet of flowers that he has just offered me. But this Jesus with his delicate hands and feet might prick himself on the rose thorns ... these hands and these feet that... no, I prefer to taste with you, again for a moment, the happiness of being a mother.

 

More than two and a half centuries later said the beautiful wooden polychrome virgin I was made. I am also a witness to the happiness of being a mother. He is beautiful my chubby Jesus like a mischievous Italian baby. I am also a witness to the Champagne region’s hope of recovering peace after those cursed civil and religious wars: the sculptor didn't choose me among the ladies of the court, but among our local beauties. He chose me young, very young, pretty, very pretty, have you noticed the beautiful cloth of my dress and my cloak so harmoniously pleated, the delicacy of my belt in ribbon ornamented with a pretty chain and a jewel, his care with my hair and the contours of my bodice. I would like to taste this undivided joy a long time but, why does Jesus watch so fixedly this small vase that I am holding in my right hand, it contains an ointment to perfume his pretty body. A time will come where holy women will smear this same body removed from the cross. This is why, like my sisters united here by the hazards of history in this small village church; a veil of sadness tinges my expression.