Le Christ-aux-liens de Montreuil sur Barse.

Vous qui passez par là, voyez quelle est ma douleur ! Je suis presque nu, couronné d'épine, le manteau rouge dont on m'avait affublé a glissé de mes épaules, mes mains et mes pieds sont liés de grosses cordes. "Voici l'homme" (ecce homo) va bientôt dire Pilate en me montrant à la foule. Je symbolise tellement l'abandon, la réclusion qu'on me plaçait souvent au milieu d'un cimetière (d'où le crâne à mes pieds). Il y a même des villages où les enfants avaient pris l'habitude de me jeter des pierres... Je suis le bouc émissaire et porte en effet tous les péchés du monde.

L'artiste qui m'a sculpté dans ce beau bloc de calcaire avait bien du talent. Les couleurs d'origine permettent de saisir encore le regard lourd de reproches que je lance à tous les passants. Par chance on peut encore lire la date et le nom du donateur gravé sur le socle. C'est bien utile de pouvoir dire avec certitude que j'ai été sculpté en plein "beau 16e siècle troyen", "L'an 1519, Phelippon Griey et Jane sa femme ont donné cest ymeige". Mais je recèle encore un mystère : considérez ce curieux objet rectangulaire qui git, planté dans le sol à mes pieds,... non, ce n'est pas une machine à calculer où un ancêtre de l'ordinateur portable, c'est un peigne à chanvre... mais oui bien sûr, voyez ces cordes qui me serrent, le donateur en fabriquait avec le chanvre cultivé dans les nombreuses chennevières de cette région humide.

Avec ce nom inscrit à mes pieds je me sens un peu moins seul et je ne peux oublier ceux qui reposent dans le cimetière qui entoure l'église et au milieu duquel je devais autrefois trôner, image éternelle de la déréliction ou abandon.

Bound Christ Montreuil sur Barse.

You, who pass by here, see my pain! I am almost naked, crowned with thorns, the red cloak that I am wearing has slipped from my shoulders, and my hands and my feet are bound with large ropes. Pontius Pilate will soon show me to crowd and say, "Behold the man" (Ecce Homo). Because I symbolize abandonment and reclusion I was often placed in the middle of a cemetery –hence the skull at my feet. There were even villages where children throw stones at me… I am the scapegoat who carries all the sins of the world.

The artist who carved me in this beautiful block of limestone had talent. The original colours make it still possible to see how I look reproachfully at all the passers by. By chance one can still read the date and the name of the donor engraved on the base. It is quite useful to be able to say with certainty that I was carved in during the "beautiful 16th century " in Troyes, "In the year 1519, Phelippon Griey and Jane his wife gave this image". But I still conceal a mystery: consider this curious rectangular object which is planted in the ground at my feet… no, it is not a calculator nor an ancestor of the laptop computer, it is a hemp comb. … You see these cords which bind me, the donor was a hemp manufacturer in this wet area, and certainly knew how to make them

With his name engraved below my feet I feel a little less lonely. I cannot forget those that rest in the cemetery which surrounds the church and in the middle of which I once stood, the eternal image of dereliction or abandonment.